Cathy pourrait dire « veni, vidi, vici »… Car le Kinabalu, elle l’a eu ! Je l’ai rencontrée quelques jours après l’exploit. Marche ralentie, jambes de bois, mais toujours de la voix pour me raconter l’aventure !

Qu’allait-elle faire dans cette galère ?

Question d’habitude.  Les vacances de Cathy, c’est pas vraiment bikini, plage et bar à cocktails. Mais plutôt crampons, marche et barres vitaminées.  J’exagère à peine. Elle aime la montagne, les défis sportifs et… son mari ! Donc elle le suit dans tous ses projets. Eric avait envie de prendre de la hauteur, de visiter les sommets du coin.  Il a jeté son dévolu sur le Kinabalu, point culminant de la  Malaisie (4095 m), situé sur l’ile de Bornéo. Une belle balade, promet-il à Cathy, et surtout l’occasion d’emprunter la plus haute via ferrata du monde. Ben voyons, après 2000 mètres de dénivelé, s’accrocher à un fil et jouer au pendule, rien de plus naturel ! La virée est vite planifiée avec des amis et le départ sonné.
Cathie, kinabaluté, fera le Kinabalu !

L’approche

Départ de Singapour un vendredi en fin de matinée pour arriver à Kota après 2h30 de vol. L’ascension n’est prévue que le lendemain mais prendre un jour d’avance permet de passer un peu de temps sur la zone d’approche. Histoire de régler sans précipitation les détails administratifs et de se faire à l’atmosphère et aux paysages  Un joli coin,  luxuriant, vallonné, très fréquenté par les Malais qui y viennent prendre l’air. On pourrait s’en tenir là. Reprends-toi Cathy. Ton mari n’a pas fait le déplacement pour cueillir des fleurs mais un sommet ! Le lendemain matin, après une bonne nuit, départ tranquille à 8h pour rejoindre l’entrée du Parc, à 1800 mètres d’altitude.  Et attaquer le premier morceau de l’aventure.

De la Timpohon gate au camp de base, tranquille ?

C’est parti pour 1400 mètres de dénivelé. Et 6 km de marche qui permettront de rejoindre le camp de base de Panalaban pour y passer la nuit. On avance dans la jungle sur un parcours aménagé. Des abris tous les 500 m offrent la possibilité d’une pause. Cathy enchaine les marches, escalier perpétuel……Facile, ça va le faire, se convainc-t-elle. Mais la pluie arrive, et soudain, le moral en prend un coup.
 » – Au fait, ça commence quand la mousson ? 
– Demain, lui répond son guide. « 
 Elle enfile sa cape de pluie, résignée…Mais l’eau glisse sur son poncho, son pantalon et ses chaussures. Magnifique travail d’irrigation. Elle est trempée  de la tête aux orteils. Les porteurs ont des claquettes aux pieds, elle les envie… Courage.  Au km 4, elle est « au bout de sa vie« , et encore 2 km à tirer. La fin du parcours est difficile : des marches hautes et de la caillasse qui glisse. Cathy ne regarde plus que ses pieds, drôle de paysage. Il est 14h, le camp de base apparait enfin et la promesse de tout mettre au sec, sa carcasse et ses chaussures.

Stop au camp de base, et si on restait…

Cathy et sa troupe rejoignent le chalet le plus haut, Pendant Hut,  celui dédié aux ferratistes. On y essaie le matériel (baudrier, casque…) et on en part  à l’aube avant tous les autres pour avoir le temps d’enchainer ascension et via ferrata. L’orga est très pro, ça assure et ça rassure…

Pendant Hut, la cabane des audacieux !


Il faut dire  qu’il y a du monde, même à 3200 mètres…Ce jour là 170 personnes, et en haute saison ça va jusqu’à 200. L’endroit est plutôt agréable, des paysages magnifiques, on aperçoit le sommet du Kinabalu. Et si on restait ? Ben non, y’a une montagne à grimper !

Dîner à 17h00, on rejoint la maison principale pour un buffet à volonté.  Belle terrasse, chouettes rencontres, on papote, on partage les bobos, on se réconforte. Puis on met la viande dans le torchon…Coté Pendant Hut, on a même droit à une couette, veinards ! Extinction des feux à 20h.

Cathy et Eric. Après le diner, encore le sourire…Pour combien de temps ?

C’est reparti pour la grimpe, la vraie…Montagne, quand tu nous gagnes

Départ, 2h du mat…

Réveil à 2h du matin pour la 2e partie de l’aventure, sans doute la plus rude. Une soupe et en route ! 4 heures de montée, 800 mètres de dénivelé dans la nuit avec la frontale. Ouf, la pluie a cessé et les chaussures sont archi sèches, merchi le séchoir ! Cathy est encore un peu fatiguée mais le silence, l’ambiance très particulière de la montagne à cette heure matinale l’enveloppent et la transportent.  Le décor a changé. Paysage minéral. On se croirait sur la lune.

La lune…
Cathy sur la lune

Au sol, une corde permet de suivre le chemin. Cathy est concentrée, son mari disparait devant, et le guide derrière. Elle est seule. La Lampe frontale ne suffit plus, elle comprend l’intérêt de la corde… Elle avance d’un bon train  – pourtant la locomotive l’a lâchée – dépassant même quelques marcheurs. Elle est impressionnée par tous ces porteurs qui montent et descendent comme des gazelles. Enfin, les derniers 100 mètres … Elle pourrait se croire arriver.
C’est là que ça se corse. Le chemin est tout à coup moins linéaire. On le cherche. Pas vraiment d’à-pic mais de gros blocs de pierre. Cathy y met désormais les mains (les gants étaient prévus) et avance de bloc en bloc. Le rythme ralentit franchement, la fatigue de la veille et la nuit courte se font sentir. Mais ce passage est splendide, mieux que les Écrins, dit-elle. Pas de photo malheureusement. Pour voir, il faudra que vous fassiez le voyage !

Enfin au sommet, mais un peu sonnée 

Panneau en vue ! Cathy atteint enfin le sommet. 5 degrés, beaucoup de vent. Elle est congelée. Et pourtant, elle est hyper couverte, un vrai bibendum… Elle en roulerait ! Elle a la tête comme une enclume…C’est pas le Pérou, mais presque.  A 4095 mètres, il y a moins d’oxygène. Elle est épuisée, même pas la force de regarder le lever du soleil, pourtant somptueux et le ciel qui se reflète dans ce petit lac tout près… (son mari lui racontera, photos à l’appui). 

Vue du sommet
Cathy sonnée mais réconfortée !

Elle n’a que la descente en tête. Et dire qu’elle a cédé : il faut qu’elle passe par cette via ferrata. Heureusement, elle a choisi la voie la plus simple car il y en a deux.  Low’s pick circuit (interdite aux moins de 16 ans) pour les amateurs de sensations fortes et Walk the Tork pour les femmes fortes des amateurs de sensation … Il faut se presser car le planning est serré. La via ferrata rallonge la descente  et il faut s’y présenter avant 7h15. Elle suit le guide dédié et quelques filles rencontrées la veille…

Via ferrata oh la la !

Son mari sur la via ferrata Low’Pick au dessus des nuages, semble-t-il…

A peine entamée, la via ferrata est un enferIl pleut. « 2e épisode au bout de ma vie », commente Cathy. Elle est à nouveau complètement trempée. Les verres de ses lunettes virent à l’opaque…Elle ne voit plus rien, il est temps d’activer le mode reptilien. Echelle de corde, descente en rappel, passage dans le vide, elle enchaine sans plaisir mais elle survit. 2 heures après, elle sort de ce parcours victorieuse et « galope » jusqu’au camp de base où son mari l’attend, un peu inquietNo comment sur les retrouvailles.

Suite et fin 

Il est 10h du matin et pas question de mariner au camp de base… Cathy veut en finir. Alors, il faut enchainer avec ces 6 km qui la ramèneront à la Timpohon gate, l’entrée du parc. Une amie lui prête un pantalon histoire de descendre un peu au sec. Son sac est plein de flotte, donc plus lourd qu’à l’aller. Elle finit par le confier à un porteur dont elle avait fait l’économie jusqu’ici. Mais le chemin est long, très long même si ses bâtons l’aident un peu… Elle prend les marches de profil une par une, mais ses jambes ne suivent plus. De vrais bouts de bois. Elle s’effondre. « 3e épisode au bout de ma vie », précise t-elle. C’est le fameux mur des 30 dont on parle pour le marathon. Cathy se relève et le mental prend le relais. Autour d’elle, on souffre, on gémit, certains ont capitulé et terminent sur le dos d’un porteur. Courage, courage, elle peut le faire ! Du bruit, du monde…L’arrivée est proche. Tous ceux qui la précèdent l’encouragent. Enfin les 10 dernières marches et la foule en délire de crier 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1. Done ! Chapeau Cathy !

Cathy mettra plusieurs jours à s’en remettre. Epuisement, douleurs musculaires, terrible raideur ! Elle avoue avoir un peu sous-estimé le besoin de préparation. Cette ascension mérite, comme un marathon, un vrai programme avant le jour J. Pour commencer dès aujourd’hui, oubliez l’ascenseur, empruntez les escaliers ! Et lorsque vous serez prêt, choisissez bien votre saison…

Points pratiques :
Le guide est obligatoire pour l’ascension. Cathy et son mari ont utilisé les services de Borneo calling qu’ils ont trouvé très sérieux. Diverses offres : ascension du Mont Kinabalu et/ou via ferrata.
Le conseil d’Eric : idéalement prévoir une nuit de plus au camp de base de Penabalan pour faire la montée le 1er jour et la via Ferrata le lendemain.
Ne pas oublier : une bonne paire de gants, des bâtons de marche et son vomit pil pour le mal des hauteurs (sur ordonnance à Singapour).

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L’Asie à vélo par Julien
Le Sundown Marathon par Marguerite.

Marie-Odile Genès

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