Le Centre Culturel Malais situé dans le quartier de Kampong Glam n’a rien perdu de son charme. C’est ici que résidait autrefois le Sultan Malais de l’île malaise et que se trouve Masjid Sultan, l’une des mosquées plus importantes du pays.

Le nom du quartier « Kampong Glam » vient du malais: « Kampong » signifiant village. Pour « Glam » plusieurs origines sont possibles. Une source possible est le « gelam tree » ou « Melaleuca leucadendra« . Cet arbre autrefois très présent dans la région est connu pour ses nombreuses utilisations. Son écorce était utilisée pour calfeutrer les bateaux. Ses fruits sont utilisés comme assaisonnement – un peu comme du poivre. L’huile essentielle extraite de ses feuilles permet de traiter divers maux comme les courbatures et les crampes d’estomac. De nombreuses échoppes du quartier la vendent en petite bouteille.

Huile sssentielle du Melaleuca leucadendra, vendu sous le nom de « cajuput oil » – Photo de l’auteur

C’est l’ancien Palais du Sultan – l’Istana- qui abrite le Malais Heritage Center. Ce musée retrace l’histoire et la riche culture de la communauté malaise de Singapour. Singapour fait historiquement, géographiquement et culturellement partie du monde Malais. Cette identité malaise s’est construite au fil des siècles. Une longue histoire de mouvements et d’interactions culturelles entre les principaux groupes ethniques de l’archipel malais ont formé la culture et l’identité malaise de Singapour.

Les 3 coups de coeur de la rédaction!

La première Première Dame de Singapour: Puan Noor Aishah

On display in the Malay Heritage Centre. Photograph republished with permission from the Family of Puan Noor Aishah”

Le monsieur sur la photo est Yusof bin Ishak, son portrait est sur tous les billets de banque. Il est le premier président de Singapour – à ses coté son épouse Puan Noor Aishah.

En 1965 Singapour devient une république. C’est cette jeune femme malaise de 26 ans qui définira le rôle et la fonction de « Première Dame » dans la toute jeune république. Un challenge à la fin de l’époque coloniale. Puan Noor n’a pas de protocole, pas de guide concernant la gestion de l’Istana (palais présidentiel sur Orchard), pas d’ancienne Première Dame pour la conseiller. De plus, elle ne maitrise pas l’anglais au moment de l’investiture de son mari. Son éducation formelle s’est arrêtée à l’école primaire, pour cause de deuxième guerre mondiale. Les premières années de son mariage, elle vit avec sa famille dans un kampung sans électricité, ni eau courante. Rien pour la préparer à ce que le destin lui réserve.

Puan Noor Aishah s’investit dans son nouveau rôle, apprend l’anglais et modernise l’Istana. En l’espace d’un an, le style colonial étouffant et officiel de l’Istana fera place à une atmosphère asiatique plus chaleureuse. Elle y recevra les hauts dignitaires en visites officielles, les diplomates et tête couronnées. Toute sa vie, elle s’engagera dans les associations caritatives. Ceux qui l’ont côtoyée, se souviennent d’une femme polie avec beaucoup de charisme. Ce que je ne peux que confirmer.

De gauche a droite: Madame Sadiah Shahal (MHC FOM Docent Coordinator), Madame Puan Noor Aishah, et l’auteur de ces lignes. Photo de l’auteur

J’ai eu le plaisir de la rencontrer, il y a quelques années. Elle était venu au musée pour présenter son livre autobiographique et aussi montrer à sa petite-fille des objets de la collection ayant appartenu à son mari. J’avais face à moi, une vielle dame charmante. Devant son portrait, en souriant elle a partagé avec nous qu’à l’époque: « Il n’y avait pas d’indemnité vestimentaire pour la Première Dame. Je ne recevais pas de salaire. J’étais donc souvent sur Arab Street pour acheter du tissu afin de coudre et broder mes kebayas (blouse traditionnelles malais) ». Puis elle s’est tournée vers moi et a regardé de plus près le kebaya que je portais spécialement pour l’occasion. « Il est fait main. C’est du joli travail. Vous avez bien choisi. »

Même à plus de 80 ans, elle dégageait une force tranquille et beaucoup de sérénité. Puan Noor Aishah est la preuve que Behind every great man there’s a great woman (derrière chaque grand homme, on trouve une femme).

Le premier dictionnaire Français- Malais : quelques surprises!

Image courtesy of the Malay Heritage Center

Le premier dictionnaire Français-Malais est publié à Paris en 1825. Un exemplaire est exposé dans une vitrine au rez-de-chaussée. Pour mémoire : Raffles est arrivé à Singapour 6 ans plus tôt. Il faut aussi savoir que le malais est à l’époque la lingua franca de l’archipel c.a.d. la langue véhiculaire d’Asie du Sud-Est. Le but de tout dictionnaire bilingue est avant tout utilitaire. Les dialogues-types sont censés être ceux indispensables pour mener à bien des transactions commerciales ou gérer des situations de la vie de tous les jours.
Selon les historiens, ce premier dictionnaire est malheureusement d’une qualité médiocre. Et le moins qu’on puisse dire, est que le choix des dialogues types est plus que surprenant voire inattendu. Mais je vous laisse juger avec un exemple parmi d’autres:

« – Bonjour mon cœur. As-tu bien dormi ?
– Bien, je te remercie.
– J’ai rêvé que tu m’avais abandonné.
– Comment peux-tu rêver de choses semblables ?
– Tu sais que je t’ai promis d’être fidèle jusqu’à la mort. Je te le jure devant Dieu »

Notons au passage, qu’il était fort rare que des femmes soient du voyage à l’époque.

Le Gamelan résonne avec Debussy

Image Courtesy of the Malay Heritage Center

Le gamelan, est un ensemble instrumental traditionnel caractéristique de l’archipel malais. Il est composé en grande partie de plusieurs variétés de gongs et de divers instruments métalliques que l’on frappe avec des maillets. À Paris, en 1889 lors l’exposition universelle, les sons du gamelan vont être une véritable révélation pour un jeune compositeur de 27 ans: Claude Debussy. Pour beaucoup de musicologues, il est le père de la musique moderne qui influencera entre autre Ravel et Boulez. Souvenez vous, son portrait était l’effigie de nos billets de 20 francs. Des billets que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître…

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Le compositeur est fasciné par la complexe polyphonie du gamelan. Celle-ci obéit aux lois du contrepoint – technique de composition suivant laquelle on développe simultanément plusieurs lignes mélodiques. Pour certains spécialistes, cette expérience a été l’un des principaux catalyseurs de l’épanouissement du style de Debussy. Pour eux, elle a marqué son œuvre d’une manière plus profonde qu’on ne le pense généralement. Debussy, lui même alla jusqu’à dire. « Si vous écoutez sans la déformation d’une oreille européenne le charme des instruments à percussion (de la musique javanaise), vous devrez admettre que les nôtres ne produisent guère plus que les sons primaires d’un cirque ambulant ». 

Cette influence et l’allusion au gamelan javanais se reflètent dans la tonalité pentatonique de « Pagodes« , la première pièce « d’Estampes » composée en 1903. Je vous invite à visionner et écouter sur Youtube l’interprétation de Daniel Barenboim.

Petit conseil de la rédaction: Pour pleinement profiter de votre visite suivez un des guides bénévoles de Friends of the Museum. Hors pandémie des visites en français sont également programmées…

Si après votre visite vous avez un petit creux…

Pause café version Bretonne…

Image courtesy of Konditori

Konditori, une boulangerie artisanale a sa boutique sur Bussorah Street, face à la Mosquée du Sultan. D’après moi, on y trouve les meilleurs Kouign Amann de la cité état – cela n’engage que moi, la Bretonne qui écrit ces lignes. Ici tout est fait à la main et de façon artisanale. Les recettes sont développées par Ahmed Fahmy. Ahmed a les yeux qui pétillent et de la fierté dans la voix quand il me parle de sa recette du Kouign Amann. Cela a pris un certain temps pour qu’elle suffise à ses critères. Qualité oblige, il ne travaille qu’avec de la levure fraiche et du beurre AOP 100% Français. De plus Konditori ne produit rien en masse. Pour assurer une qualité impeccable seulement une fournée de quinze Kouign Amann est cuite par jour! Illustrant bien l’adage breton du Kouign Amann: “Le fait qui veut, le réussit qui peut.”

Kampong Glam est un quartier qui invite à flâner avec ses petites boutiques, ses restaurants et ses murs Street Art, toile de fond idéale pour selfie Instagram.

Photo de l’auteur

Caroline Carfantan

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