Un Gap Year, mais pourquoi ?
Nous avons mené l’enquête auprès de quatre jeunes en année de césure (gap year) : Sixtine, Fleur, Luis et Nans. D’autre part, nous avons interviewé leurs parents et une coach française Ariane.

Plébiscité par les universités anglo-saxonnes, très apprécié par les écoles françaises, le gap year est désormais encadré par une loi en France. En effet, l‘année de césure est inscrite dans le projet de loi modifiant les règles d’accès à l’université. En pratique, une fois admis dans l’université de son choix, Sam Sool pourra demander une année de césure en signant une convention avec l’établissement. Son statut d’étudiant sera maintenu et sa place assurée pour l’année suivante.

Alors, pourquoi un gap year?

Pour réussir son orientation

Sixtine n’a pas obtenu les notes requises pour intégrer l’université (anglaise) de son choix. Puisque l’IB (International Baccalaureate) permet de repasser un ou plusieurs sujets en novembre, elle a décidé de retenter sa chance à l’examen (retake). Elle a assuré son choix en se renseignant précisément (toutes les universités n’acceptent pas les notes retake). Après avoir entièrement refait son dossier d’admissions universitaires (UCAS), elle a réussi son pari avec en prime une expérience passionnante.

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La fac peut attendre

Si Sam Sool veut s’inscrire dans une université anglaise et n’a pas eu les notes demandées, il ne peut pas repasser de sujet avec un baccalauréat français. Il peut en revanche s’inscrire dans une université anglaise en foundation year et retenter UCAS en présentant les notes du foundation year. Comme Sixtine, il faut bien se renseigner et vérifier auprès de chaque université.
Quant à Nans, même si ce n’était pas l’objectif premier de cette année de césure, il en a profité pour réussir son admission à l’EHL (école hotelière de Lausanne).

Pour se frotter à la vraie vie!

Fleur avait envie d’aventure et une amie lui a donné l’idée de partir en Amérique du sud. Comme dans la vraie vie, elle a travaillé pour se payer ses voyages et effectué des milliers de recherches pour s’organiser (blogs de jeunes, jungle d’organismes plus ou moins sérieux). Une fois son admission en université anglaise en poche, elle a demandé un « deferred » et vogue le gap year !
Notez bien que les universités britanniques préfèrent que les étudiants annoncent leur intention de différer leurs études d’un an clairement dans leur dossier plutôt que de le demander à la dernière minute. Mais rien n’interdit d’essayer. En revanche, les programmes scientifiques peuvent refuser le gap year en raison de l’importance de la continuité des connaissances.

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Travaillez, prenez de la peine

Luis, salvadorien trilingue venu en internat à UWC Singapour grâce à une bourse d’UWC, avait déjà l’âme d’un voyageur ouvert sur le monde. C’est donc tout naturellement qu’il a souhaité voyager et travailler pendant un an avant de décider de son orientation. Avant tout, il s’est organisé pour ne dépendre de personne en économisant sur sa bourse et décider lui même de son parcours. Finalement il a obtenu l’aide de sponsors pour travailler au Népal sur un projet soutenu par UWC et suffisamment travaillé et économisé pour être auto-suffisant. Tous ont souligné l’importance de la volonté et des économies dans l’établissement de leur projet.
Nans a passé son bac au LFS avec un an d’avance. Malgré son âge, il est solide, et aime les défis. Il avait envie de se prouver à lui même qu’il pourrait gérer seul une expérience en dehors du chemin tout tracé des études supérieures.

Pour apprendre une 3e langue

 

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Sixtine déjà bilingue anglais –français a souhaité apprendre l’espagnol. Elle a vécu 6 mois à Madrid inscrite dans une école de langue sérieuse où elle a progressé rapidement.
Les + : un espagnol courant, un retour en Europe en douceur sans pression, la rencontre de membres de sa famille éloignée qui se sont révélés formidables.
Les – : sans accueil organisé d’une université et d’une association étudiante, le démarrage a été difficile socialement.
La recommandation : explorer les universités locales plutôt qu’une école privée et ne pas hésiter à activer son réseau pour faciliter l’intégration des jeunes.
Fleur (elle aussi bilingue anglais- français…nos enfants sont formidables) a organisé son départ dans une école en Equateur à Quinca pour apprendre l’espagnol tout en donnant des cours d’anglais grâce à une association anglaise (Lattitude Global Volunteering). Malheureusement le projet a été décalé de 6 mois, et c’est sans se démonter que Fleur a crapahuté en Amérique du Sud et appris l’espagnol sur le tas.
Nans a commencé son année par un mois de cours d’espagnol au Costa Rica. Logé dans une famille d’accueil, il a progressé très rapidement.

Pour apprendre autre chose

Pendant son gap year, Sixtine a étudié la programmation au moyen d’un cours en ligne diplômant (https://www.edx.org/). Super idée qui permet aussi de garder ses méninges en activité avant de retourner en fac.
Fleur et Luis écrivent un blog (Gap Yah et Nepal: Hope, Faith and Love)  et Singabuzz vous en recommande la lecture…. avec une préférence pour le passage où Fleur tue une vache sauvage en Patagonie. (https://gapyahweb.wordpress.com/2018/01/15/warning-we-killed-a-cow/)

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Pour travailler et faire du bénévolat

Sam va réaliser que son bac a de la valeur. Oui, il peut travailler et transmettre ce qu’il a appris. Et de nombreux organismes proposent aux jeunes bacheliers d’enseigner à des enfants ou de contribuer à la sauvegarde de l’environnement.

Luis a enseigné dans une école au Nepal.  A Maya Universe Academy, les jeunes bénévoles venus du monde entier sont invités à partager leur culture et leurs connaissances. Luis y a enseigné l’espagnol mais aussi l’histoire de l’art, les droits de l’homme , l’éthique et la guitare.

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Si l’Himalaya ne vient pas à toi…

Fleur a travaillé contre le gite et le couvert dans un animal rescue center  de la jungle équatorienne où elle a soigné des bébés singes. Ensuite, après un voyage en Colombie, elle est partie travailler deux mois dans un hôtel ranch en Patagonie (à cheval tous les jours et 61 jours sans Internet -très utile pour le lâcher-prise des réseaux sociaux et des parents).

Sixtine a travaillé à Singapour en tant que serveuse puis comme encadrante de classes transplantées de UWC (son école d’origine). Après avoir vécu à Singapour, c’est un vrai plus d’avoir une expérience professionnelle locale sur son CV.

Nans est parti aux îles Galapagos pendant deux mois dans le cadre d’un programme bénévole de conservation de l’environnement.  Comme il était encore mineur, il a été très sérieusement encadré par l’organisme Projects Abroad.  Ses missions ont été très variées et les journées bien remplies. (décompte de phoques sur la plage à 5h du mat, défrichage, plantations etc…)
Ensuite, il a effectué des petits boulots dans des hôtels au Pérou et en Bolivie. Ce fut une expérience professionnelle extraordinaire mais avec quelques moments complexes. Par exemple lorsqu’il s’est retrouvé seul aux commandes d’un petit hôtel ou le jour où il a attrapé la dengue.

Pour voyager sans faire du tourisme

Luis avant de partir au Népal a décidé de mieux connaitre l’Amérique du Sud dont il est originaire. Si bien qu’il est parti successivement au Nicaragua, Salvador, Costa Rica , Panama, Guatemala, Pérou, Bolivie et Chili. Pour autant, il a voyagé avec un budget serré, en bus et auberges de jeunesse en se nourrissant localement.

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Heu-reux!

En plus de l’expérience de la vie locale en Équateur, Colombie et Argentine, Fleur a souligné qu’elle a rencontré de nombreux routards en Amérique du Sud. Souvent plus âgés et ayant lâché des jobs, leurs parcours étaient tous singuliers et en recherche de sens. Elle a également beaucoup discuté avec les clients (ndlr : CSP++) de l’hôtel patagonnien et ouvert les yeux sur de nombreuses carrières professionnelles.

Sixtine n’a pas eu une intégration rapide et facile à Madrid (bien moins exotique) mais grâce à sa famille, elle a noué des amitiés authentiques qui vont durer.

Le bilan

Comme si leur vie s’était accélérée, ils ont tous

  • fait face à des imprévus
  • géré seuls des situations nouvelles
  • fait de belles rencontres en s’ouvrant aux autres sans les juger
  • respecté un budget serré
  • mangé local (rat péruvien, vache patagonienne)
  • été actifs : enseignement, soin aux animaux, accueil de clients, encadrement

Tous ont également pu réfléchir à leurs envies, leur futur et booster leur confiance en eux. Ils soulignent également comment un gap year permet de prendre du recul, apprécier ce que l’on a et mieux percevoir ce qui est essentiel.
Luis s’est douché sans eau chaude dans des douches communes et a dormi sans chauffage pendant 3 mois au Népal en plein hiver ! Mais ce qu’il a retenu de son séjour, c’est qu’il aime faire de belles rencontres, se prouver qu’il est autonome. Et il nous dit: I met people who taught me how to take advantage of every minute that life gives us because it’s a lovely present from the universe.

Ce qu’en disent les parents

L’expérience est très positive et d’autant plus qu’on aura:

  • parlé le plus possible avec le jeune en le laissant s’exprimer et déterminer lui-même ses objectifs.
  • évalué sa détermination et sa capacité d’autonomie en posant ses conditions.
  • fait confiance : l’objectif étant de se frotter à la vraie vie et pas de faire du tourisme.
  • su l’aider en lui proposant des contacts d’amis, des relais familiaux… et ça c’est une des grandes forces des expats !
  • souscrit une assurance santé en béton.
  • inscrit Sam à Ariane pour le signaler auprès des autorités françaises dans le pays d’accueil.

Ce qu’en dit le coach

Le gap year est peu utilisé par les jeunes du LFS. En effet ces derniers quittent pratiquement tous Singapour après le bac et c’est déjà en soi une expérience d’autonomie. Même si nos enfants vivent dans une bulle à Singapour, ils ont déjà l’habitude de voyager et pour les serial-expats de s’adapter à des pays différents. Bien sûr, le sujet se pose différemment pour les jeunes qui n’ont jamais quitté la France ou pour des pensionnaires. Le gap year est une bonne idée lorsqu’on a un projet précis comme apprendre une langue étrangère, améliorer son anglais ou mener à bien une mission humanitaire qui nous tient à coeur. Sinon, il peut être plus stratégique de faire cette année de césure à la fin du bachelor ou de la licence pour préparer un dossier de master, passer un examen comme le GMAT ou travailler et préciser son projet professionnel.

Sixtine, Fleur, Luis et Nans disent à Sam Sool « Go for it ! »

 Ressources:

Et pour donner des arguments à Sam Sool:  extrait du projet de loi: La césure consiste pour un étudiant à suspendre ses études pendant une période pouvant aller jusqu’à un an afin de vivre une expérience personnelle, professionnelle, associative ou d’engagement en France ou à l’étranger. Elle contribue à la maturation des choix d’orientation, au développement personnel, à l’acquisition de compétences nouvelles, donc à la réussite.

Nous remercions Sixtine, Fleur, Luis, Nans et leurs parents pour avoir partagé leur expérience avec Singabuzz. Merci également à la coach Ariane Biet (With Stamina) pour sa contribution.

Valérie Mahieddine

(mise à jour par son auteur d’un article initialement publié sur singabuzz.sg)

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